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RUNATTITUDE: Tout d'abord, quel est ce sondage que vous avez lancé auprès de la population homosexuelle sur les lieux de drague?
XAVIER LARMURIER: Parmi nos actions 2009, nous avons décidé effectivement de faire un sondage sur les lieux de drague, Jamaïque et Souris chaude essentiellement - même si pour certains ces lieux de drague ont une connotation péjorative- pour savoir comment est perçue notre action auprès de cette population. Il ressort en premier que les personnes se sentent très seules, raison pour laquelle elles fréquentent ces lieux... Elles désirent plus d'interlocuteurs, se sentent souvent isolées, même si internet a changé beaucoup de choses chez les jeunes gays. Nous avons recueilli de nombreux témoignages bouleversants et on retrouve essentiellement la peur d'affronter la famille, l'entourage.
R: Et l'homophobie est-elle présente dans notre île?
XL: Il y a 20 ans à la Réunion, l'homosexualité n'était pas perçue comme aujourd'hui... Disons que les choses ont changé... Actuellement, cela semble gêner peu de personnes tant que cela ne touche pas un parent proche. Par contre dès que cela touche un membre de la famille, c'est plus délicat. Il y a le facteur culturel, les valeurs religieuses et ses influences, l'importance de la parentalité, de créer une famille, être homosexuel pour beaucoup encore, c'est renoncer à créer une famille, et puis il y a le ladi lafé etc... Compte tenu de la disparition de l'association Gay Union, nous avons rajouté dans nos statuts la lutte contre l'homophobie afin de pouvoir se porter partie civile en cas de problème, nous pouvons saisir la Halde.
Globalement, on ne peut pas dire que la Réunion soit une société homophobe. Nous sommes bien loin des Antilles sur cette question. Nous rencontrons en revanche de nombreuses personnes qui nous parlent de violences intra-familiales dues à leur homosexualité. Nous avons ainsi eu le cas d'un jeune garçon gay frappé par ses frères pour "l'exorciser". Ils lui avaient même préparé sa tombe dans le jardin! Il y a aussi le cas d'un jeune qui a fait son coming out auprès de ses parents. Ces derniers l'ont amené voir un psychiatre qui leur a dit que ce n'était pas un problème en soi, ils l'ont alors amené voir un "marabout désenvoûteur"...
Là où la situation est plus délicate, c'est sur le site de la Jamaïque qui commence à être déserté car il y a eu de nombreux actes de violences gratuites envers les gays. En fait, il s'agit de groupes de jeunes qui viennent uniquement pour "casser du p..." nous avons recueilli des témoignages, notamment un gay qui ne s'est pas méfié d'un groupe de jeunes venu lui demander une cigarette. Il s'est fait bastonner, a perdu connaissance et s'est retrouvé à l'hôpital avec entre autres, deux côtes cassées.
Enfin, il ne faut pas oublier que la lutte contre les discriminations fait partie intégrante de la lutte contre le sida. Nous sommes très pointilleux là-dessus. C'est pourquoi on maintient plus que jamais ces actions sur les lieux de drague.
R: Si ces lieux tendent à disparaître, la prévention contre le sida sera plus difficile non?
XL: Tout à fait. Ces lieux définis nous permettent de rencontrer la population homosexuelle. Si ils disparaissent, notre travail n'en sera que plus difficile. Sur ces lieux, nous faisons de la prévention. Si les gays en général savent très bien comment se transmet le sida, il y a un manque de connaissance sur les autres MST, et notamment la syphilis qui sur ces douze derniers mois a été de nombreuses fois diagnostiquées par les médecins. Les gays ne sont pas conscients que la syphilis se transmet par la fellation. Par ailleurs, ce n'est pas toujours facile à dépister par le médecin car tous ne sont pas au courant de l'homosexualité de leur patient.
R: On en revient à l'importance du préservatif... que pensez-vous des propos du Pape, vous qui êtes sur le terrain...
XL: Je considère que c'est un non événement. Mais j'ai bien sûr été choqué par l'ambiguïté de la phrase qui vue comme elle est tournée, laisse supposer que le préservatif favoriserait le sida... C'est extrêmement ambiguë. Pour le reste, c'est son rôle de Pape, il propose un modèle idéal or on est dans la réalité... et la fidélité n'est pas forcément vraie. La question est de savoir quelle influence à le Pape en Afrique. Le Pape y prône la morale c'est un compte, mais qu'il dénigre l'efficacité du préservatif, là je ne suis pas d'accord! C'est sûr que l'abstinence marche à 100% mais ce n'est pas un modèle concret pour lutter contre le sida. A contrario, si le Pape déclarait qu'il fallait mettre le préservatif, je ne suis pas sûr que tout le monde le ferait... Chacun gère sa sexualité comme il l'entend. L'utilisation du préservatif est une question de génération. Aujourd'hui, c'est bien rentré dans les moeurs, mais il suffit d'une fois, d'une soirée un peu alcoolisée où l'on ne réfléchit pas sur les risques...
R: L'année dernière l'association a bien failli fermer ses portes... Que s'est-il passé?
XL: Nous avons eu c'est vrai une phase de grande difficulté. La Drass et la Sécurité Sociale nous ont amputé une partie de nos subventions. Mais grâce au soutien d'hommes politiques, de la presse et une pétition, les choses ont été revues et corrigées à la demande du préfet. On nous reprochait nos actions menées auprès des prostituées, sans assistante sociale. Notre rôle n'étant pas de les sortir de la rue sauf à leur demande... Nous sommes à l'écoute avant tout et les sortir de la rue n'était pas notre démarche. Entre temps, nous avons recruté une assistante sociale et poursuivons nos actions. Mais il faut savoir que les prostituées sont en très grande majorité originaires de Madagascar. Elles viennent à la Réunion quelque temps pour gagner de l'argent et repartent à Madagascar auprès de leur famille. Elles ne veulent pas qu'on les sorte de la rue...
R: Et la prostitution à la Souris Chaude, qu'en est-il?
XL: Tout cela a été fortement monté en épingle! Nous avons eu le cas de prostitution d' un mineur. Enfin, il y a deux garçons qui se prostituent effectivement, ce qui n'est pas illégal en soi, puisqu'ils sont majeurs et qu'il n'y a pas de racolage ni de proxénétisme. Il y en a un qui se prostitue en boîte de nuit et possède un réseau de clients. C'est le mode de vie qu'il a choisi m'a-t-il dit. L'autre cas est plus dramatique. C'est un jeune garçon qui se dit hétérosexuel, mais qui ne trouve pas de femmes pour payer... Il dit qu'il fait cela pour des raisons économiques. Il a ainsi des clients fixes qui n'assument pas leur homosexualité et mènent leur vie d'hétéro, et qui préfèrent faire appel à lui...
Mais nous ne sommes pas là pour rentrer dans le jugement... La prostitution masculine est tout à fait marginale à la Réunion, car il y a la possibilité d'avoir des relations sexuelles sans payer!
R: Dernière question, vous souhaitez former de nouveaux bénévoles à la prévention auprès des hommes ayant eu des relations sexuelles avec d'autres hommes. Si certains internautes sont intéressés, comment doivent-ils procéder?
XL: Comme toute association, nous sommes confrontés à la fragilité du bénévolat. On essaye de mettre en places effectivement des formations pour pérenniser nos actions. Les personnes intéréssées peuvent nous contacter par téléphone au 0262 21 88 77 ou par mail: prevention@arps-info.com.